Lettre d’une mourante 

     Si aujourd’hui, j’écris ceci, ce n’est point pour me faire remarquer. J’écris, par ce qu’écrire est mon seul moyen d’évader et d’exposer mes sentiments, et surtout de dire ce que je suis aujourd’hui. Par ce qu’aujourd’hui, tout a changé. Je ne suis plus comme avant, beaucoup le savent désormais, mais aujourd’hui,  je suis mourante.

     Dans quelques mois, (ou avec une chance), dans quelques années, je ne serai plus là. Moi. Je veux dire, à seize ans, c’est dingue, mais c’est bien réel. Pourtant, je n’ai pas changé, je n’ai toujours pas fait preuve de faiblesse. Je suis toujours la même. Je rigole, je cours, je crie, je tire la tête, je suis ce que je suis, ce que j’ai toujours été, je reste moi, mais  vos regards me prouvent le contraire. Ça peut paraître bizarre, mais à vos yeux, je peux y voir de la peine.

    Mais de la peine pourquoi ? Au fond, la mort est pour moi une renaissance. D’après moi, la deuxième étape après notre naissance est celle-ci, la vie n’est qu’un passage créer afin de pouvoir accéder à la seconde phase, comme une sorte de dimension. Je ne redoute pas ce qui va m’arriver, je n’en ai même pas peur.

     Je ne suis pas triste de partir. Je préfère mourir dans ma jeunesse plutôt que mourir dans ma vieillesse. Vous savez, J’imaginais parfois la vie sans moi. Je ne voyais que mon père, qui me pleurait sans arrêt. Je le voyais sans rien, sans plus aucun contact avec le monde, je le voyais perdu. Il était la seule chose que j’avais, et d’un instant à l’autre il me perdait ;  il n’avait plus rien. Ma maman, je la voyais très triste ainsi que mon petit frère qui grandissait petit à petit. On pouvait les voir sourire dehors, mais pleurer à l’intérieur. Je vous imaginais aussi, je regardais comment vous alliez. Je voyais tout le monde s’en remettre, continuer de vivre normalement, comme si  rien ne s’était passé. Pour certains,  cela ne m’affectait pas, mais pour d’autres, j’avais l’impression d’être oubliée. Et c’est ce que je n’ai jamais voulu. Je ne veux pas paraître prétentieuse, mais, je veux marquer les esprits des gens. Je veux qu’on se rappelle de moi, que ce soit de la bonne ou de la pire des manières. Je ne veux pas que mon passage sur cette petite vie ne soit définitivement qu’éphémère. Je veux encore vivre, dans votre cœur. J’aimais imaginer cela, mais aujourd’hui je crois que je n’aime plus. Parce que… Maintenant, ce sera vraiment le cas. Et c’est cette chose qui me rend mal. Je le vois  déjà dans vos yeux, je suis déjà morte. Vous ne devriez pas réagir comme cela, je suis toujours là à vous écrire, je vais tous les matins au lycée, j’y arrive encore tous les jours en retard. Je suis toujours active, toujours disponible, toujours prête à rire, à vous faire une farce. Alors, ne m’abandonnez pas là où je ne saute pas. Si je pleure, ce ne sera jamais pour ma mort.

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     Aujourd’hui, si je pleure, c’est par ce que tous mes rêves se détruisent. Mes rêves, que j’ai longtemps imaginés, longtemps rêvés, mes rêves qui m’ont fait tenir jusqu’ici, à seulement seize petites années. L’envie de voyager, d’explorer, l’envie d’aimer, l’envie de m’envoler, l’envie de tout voir, de tout toucher, d’être fasciné par le monde auquel j’ai pied, d’être fasciné par les mille et autres surprises que me réservaient mes passions et  la vie. Avant de m’endormir, je prenais toujours un petit temps pour me voir grandir et changer, je me voyais vraiment grande, belle et forte, avec suffisamment d’énergie pour parvenir à mes fins, pour accéder à toutes les chances de la vie. Ce serait mentir si je ne vous le disais pas, mais je me voyais changer le monde. Je me voyais avoir des enfants, les aimer de tout mon cœur, leurs apprendre ce qu’on m’avait appris, et surtout leurs enseigner ce que j’avais appris par moi-même, car il n’y a pas plu beau que de donner nos connaissances à ceux qu’on aime et de leurs transmettre nos principes et nos valeurs. On en apprend tous les jours, car c’est la plus grande des richesses qu’on puisse avoir dans ce monde ; et je voulais apprendre au monde qu’on pouvait faire quelque chose de bien, avec énormément peu. Depuis tout ce temps, je ne m’illuminais que d’illusions. Et je crois qu’il n’y a pas plus horrible que savoir que la vie a choisi que ce serait ainsi, que mon parcours serait de dormir plutôt que prévue, et  je dois vous avouer que c’est cela, qui m’a déjà tuée.

     J’aurais aimé connaitre l’amour. J’aurais aimé, aimer, être en confiance avec quelqu’un, partager une joie commune, avoir mal d’amour, mal de jalousie, mais surtout vivre le bonheur à deux. J’aurais aimé sentir ce que nous ressentons lorsque nous trouvons la bonne personne. Vouloir tout partager avec elle, tout vivre, tout aimer, et surtout, pouvoir lui dire cette si jolie phrase que je n’ai jamais prononcé : Je t’aime.  Par ce que l’amour, c’est l’un des plus beaux symboles de la vie. C’est ce qui définit enfin notre vie sur terre, cela nous donne un but. C’est une victoire de pouvoir être aimé et d’aimer.

     J’aimerais vous dire à la fois pardon et à la fois merci. Merci à tout ce que vous m’aurez procuré, et pardon à tout ce que j’aurai pu faire. J’aimerais sincèrement ne plus rester en conflit avec certaines personnes. Pourquoi, est-ce lorsque l’on meurt que nous réalisons que nos actes d’hier étaient stupides ? Pourquoi est-ce lorsque l’on meurt, que les gens qui ne vous ont pas parlé depuis des années, refont irruption et veulent rattraper le temps perdu ? Pourquoi est-ce seulement l’orsque l’on touche la fin, que nous trouvons la bonté en nous ? Pourquoi est-ce qu’à la mort que la plupart des gens se rendent enfin compte de ce qui rend heureux ? Et sur leurs listes ne figurent pas « avoir l’Iphone 10, m’acheter une Lamborghini, avoir une villa. » Au fond, préférons-nous les gens morts ?

     Je m’en vais loin, sur un chemin inconnu. Souvent, nous nous posons des centaines de questions sur la mort. Qu’y a-t-il après ? Et je crois ne m’être jamais autant posé la question que maintenant. Chaque minute qui passe reste des minutes ou ma question flotte dans l’air, en attendant mon unique réponse arrivée : la lumière.

     Peut-être y a-t-il vraiment un paradis ? Que toutes ces années, c’était moi l’ignorante. Peut-être qu’il n’y a rien, puis une réincarnation soudaine, puis nous oublions notre vie ancienne… Peut-être que nous restons des âmes perdues entre les champs et les océans de la planète, invisible et seule, que certaines personnes risquent de voir, sans doute… Où peut-être qu’il n’y a tout simplement qu’un énorme vide, où notre subconscient n’existe pas. Peut-être qu’après s’être endormi, nous partons dans le néant. Je ne sais pas si vous vous êtes déjà posé cette question, mais où allons-nous lorsque nous dormons profondément ? Où est rangé notre esprit ? Parfois, nous allons tellement loin dans notre sommeil que notre cerveau nous envoie une décharge pour voir si nous sommes toujours là.

     C’est peut-être un raisonnement stupide et j’en suis consciente, car de toute façon, je ne sais toujours pas ce qu’il faut croire, je ne le saurai qu’à la fin. Je sais déjà qu’arriver de l’autre côté, je serais excité à l’idée de vous le dire « Ah, c’est donc ça ! » Mais, malheureusement, j’en serai incapable.

     Aujourd’hui, j’ai seize ans, hier, j’en avais quinze, et demain, j’en aurais peut-être dix-sept.  Mais, ce qui est sûr, c’est que je suis devenue comme Peter pan, je suis une enfant qui ne grandira jamais. Le temps qu’il me reste, je ne veux pas le sentir passer. Je veux vivre, je veux vraiment vivre une vie extraordinaire, je ne veux plus perdre mon temps avec ce que je n’aime pas, je ne veux plus gâcher ce précieux temps à l’école, à écouter les cours de maths, les cours de biologie, et tout ce qui ne m’intéresse pas. Je veux partir avant de partir, je veux m’en aller faire le tour de l’Europe. Je veux connaitre des endroits méconnaissable et spectaculaire. Je veux être éblouie par le peu de temps que j’ai, par ce que pour une fois on peut réellement parler de temps compté et perdu. Si je ne peux pas réaliser mes rêves plus tard, c’est à moi, et seulement à moi de décider de ce que je ferais de mon corps et de mon esprit aujourd’hui. C’est dingue, mais quand on est sur le point de mourir, on se sent libre. Personne ne peut arrêter nos actes, on peut faire ce que nous souhaitons, nous sommes déjà condamné. Je vis avec vous, mais demain, je partirai, je vis le jour le jour, et c’est maintenant que je dois me lever pour réaliser mes rêves. Je dois rester debout coûte que coûte, et affronter ma maladie. Je suis mourante, mais encore plus en vie.

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