A la chasse

sniper     

     Le Dan.338 était posé sur la colline, prêt à être utilisé. Avant de le prendre en main, elle voulait d’abord savourer son burger maison. Il lui fallait aujourd’hui un grand courage pour ce qu’elle s’apprêtait à faire. Elle attendait ce moment depuis si longtemps qu’elle s’était surprise de se voir tout aussi excitée, telle une  enfant qui attendait son cadeau d’anniversaire ou celui de noël; elle n’a jamais su lequel lui susciter un plaisir, petite. Elle entame la dernière bouchée de son burger à l’instant. Elle le mâche délicatement tout en réfléchissant à un tas de chose. Pourrait-on lui pardon son acte un jour ? Cela n’est pas légal et elle n’a aucun permis de chasse et au fond, elle se voyait incapable d’un tel geste. Mais la voilà sur les faits presque accomplie… presque !

     Mais qu’est-ce qu’elle raconte ? Bien sûre qu’elle va le faire ! Elle a peur de quoi ? Tout le monde chasse son gibier pour manger, alors pourquoi ne le ferait-elle pas pour sa juste complaisance  ? Elle le fera pour le plaisir de se divertir.

     Ses mains se posent avec douceur sur le fusil. Elle ferme les yeux, et réfléchit encore quelques instants : et si elle le ratait ? Elle n’avait pas de silencieux avec elle, elle serait vite repérée par cet animal et se serait un énorme échec, et à la fois une honte. Non, non, elle ne devait pas se laisser abattre comme ça. Elle n’allait pas le rater, point barre ! Non mais, on est où là ? Trois mois d’attente pour récupérer ce sniper à ce marché noir de Marseille, elle n’allait pas se défouler maintenant sous prétexte qu’elle pourrait le rater ! Elle avait récupéré l’un des snipers le plus puissant au monde, le plus précis avec une distance de mille deux cents mètres pour 150 000 euros, une belle affaire d’ailleurs.  Elle n’y connaissait rien en arme de catégorie A1, elle était restée sur les armes de poing qu’avait obtenu son père lorsque ils  vécurent trois ans en Russie. Elle aurait donc bien choisi un petit Luger Parabellum, mais elle trouvait que cela ne valait rien face à sa proie.

     Elle vérifie ses munitions ainsi que son système d’alimentation et ses lunettes de tirs. Tout était en place. Elle s’allonge calmement et dirige son arme en plongée. L’adrénaline lui revenait, ça y est, elle y était ! Elle allait attraper son gibier pour la première fois ! Elle se complimente déjà d’avoir choisi ce modèle si léger et simple à utiliser. Dés qu’elle verrait sa bête au milieu de la cible, elle tirera, et ce sera fini. Elle laissera la chose en plein milieu du chemin, elle n’y touchera pas, et s’en ira, fière d’elle, fière de réussir sa première mission à son compte. Dans quelques minutes, il passera, dans quelques minutes, il sera là. La pression monte, elle a chaud. Elle va commettre dans les cinq prochaines minutes  un pêché qu’elle reconnait comme irréparable, mais ce n’est pas grave, on lui avait toujours soutenu de faire ce que l’on souhaitait sans remords, pour une fois qu’elle écoutait ce qu’on lui disait, on n’allait pas lui reprocher ? La cible est là. Son cœur s’emballe. Elle ne peut absolument pas la voir de là où elle est, mais elle à quand même cette peur d’être aperçue.  L’animal s’approche pas à pas de la visé. Plus il s’approchait, plus l’excitation grandissait. « Oui, c’est ça avance mon beau, c’est ça, continue… Non ! Tu vas où ? Reviens par-là ! S ‘il te plaît ! » Il n’avait pas le droit de partir, pas après tout cet effort, non ! Elle devait l’achever, maintenant ! Réfléchis, réfléchis, essaye de le faire revenir à toi, trouve quelque chose, vite ! Un caillou ! Oui c’est ça ! si elle jette un caillou un peu plus loin, il se retournera pour voir ce qui a bougé. Mais… il faudrait un gros caillou alors, parce que personne ne se retourne à cela…

     Mais il revient, tout seul, comme un grand, excellent ! Elle va l’avoir, dans pas longtemps. Elle stresse, mon dieu, elle va l’avoir, il ne faut pas qu’elle le rate, elle ne le ratera pas, impossible, inimaginable elle ne peut CA Y EST ! IL Y EST ! QU’EST-CE QU’ELLE FAIT ?? TIIIRE !

     Elle n’en revient pas, elle a réussi ! En plein crâne,  elle l’a eu ! Elle ne la pas manqué alors qu’elle avait fermé les yeux. Une joie, une terrible joie… De l’euphorie ! Un grand sourire se dessine sur ses lèvres, elle ne rêve pas, elle l’a tué ! Pourquoi n’a-t-elle pas regardé ce merveilleux moment ? Elle n’a pas pu voir la balle lui transpercé ce crâne ! Qu’elle idiote ! Mais ce n’est pas grave, elle n’y pense déjà plus. Elle peut admirer le cadavre à terre. Elle l’a tué ! elle a réussi ! Elle a tué son ex !

 

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